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Chien Russe Север · la revue des races venues de Russie

Russkiy Toy · Histoire

L’histoire d’une race deux fois recommencée

Le Russkiy Toy n’a pas une histoire linéaire mais une histoire à éclipses : un ancêtre anglais, un effondrement, une renaissance soviétique, et une reconnaissance internationale très tardive.

Un ancêtre anglais, pas un chien de palais

Au tournant du XXe siècle, le Toy Terrier anglais figurait parmi les chiens d’agrément les plus prisés de la haute société russe. C’est cet ancêtre, l’English Toy Terrier, qui se trouve à la racine du Russkiy Toy. Or ce chien-là n’était pas, à l’origine, un animal de salon : sa lignée plonge dans le « rat pit » victorien, ces fosses où l’on chronométrait des terriers sur les rats. Le Kennel Club britannique n’a enregistré le « Black and Tan Terrier (Miniature) » qu’en 1903, avant de le rebaptiser English Toy Terrier en 1960.

Ce détail compte, car il ruine une légende tenace : celle d’un petit chien russe présent depuis toujours dans les palais impériaux. La chronologie l’interdit. Nous démontons cette confusion, avec d’autres, dans notre dossier sur les légendes des chiens russes.

L’effondrement, puis la refondation

Selon les catalogues d’exposition de l’époque, on comptait onze toy-terriers présentés à Saint-Pétersbourg en mai 1907. Puis vinrent les guerres, la révolution et l’isolement : l’élevage s’arrête presque totalement, et le cheptel tombe à un seuil critique. Les chroniques de la race évoquent un unique toy-terrier présenté à Leningrad en 1947. D’onze à un : le chiffre, même prudemment attribué, dit l’ampleur de la chute.

C’est au milieu des années 1950 que des cynologues soviétiques entreprennent de reconstruire la race, à partir des rares sujets survivants, souvent sans pedigree et pas toujours de pure race. Coupé des lignées occidentales par le rideau de fer, l’élevage russe suit alors sa propre voie. Le texte de la FCI est explicite sur ce point : ce n’est pas la continuation de l’ancien toy anglais, c’est une race nouvelle.

Source

Standard FCI n° 352 (préambule historique) et littérature de race. Les effectifs d’exposition anciens proviennent des catalogues d’époque, relayés par la littérature cynologique russe.

1958 : la naissance du poil long

Une date revient dans toutes les chroniques : le 12 octobre 1958, à Moscou, naît un mâle à franges qui donnera la variété à poil long. Les récits de race le nomment Chikki ; le standard, lui, ne cite pas ce nom mais retient l’éleveuse, Ievguénia Fominitchna Jarova, comme fondatrice de la variété à poil long. Certaines sources russes datent l’événement de 1957 : le jour, le 12 octobre, reste constant, l’année varie d’un an selon les auteurs. Nous mentionnons cette divergence plutôt que de la masquer.

Une reconnaissance internationale très tardive

Le parcours institutionnel du Russkiy Toy est récent. La FCI l’accepte à titre provisoire le 21 février 2006 : à cette occasion, le mot « terrier » disparaît du nom. La reconnaissance définitive n’intervient que le 7 novembre 2017, à l’Assemblée générale de la FCI tenue à Leipzig — et non « pendant » la World Dog Show, qui a suivi de quelques jours. Le standard en vigueur porte la date de publication du 5 décembre 2017.

Aux États-Unis, la reconnaissance de l’American Kennel Club est plus récente encore : le Russkiy Toy y devient la 199e race pleinement reconnue en 2022. On mesure, à ces dates, à quel point cette race est une arrivante dans le paysage cynologique mondial.

Et en France ?

En France, la race est gérée par le CFENCRT, le Club Français de l’Épagneul Nain Continental et du Russkiy Toy, et son nom officiel est « Petit chien russe ». Elle y reste rare : les statistiques de la Centrale Canine font état de 144 inscriptions au LOF en 2025, soit une vingtaine de fois moins que le Chihuahua sur la même période. C’est peu, et cela façonne toute la vie de la race dans l’Hexagone : listes d’attente, cheptel réduit, sélection concentrée entre quelques mains.

Cette rareté explique pourquoi les élevages français déclarés qui travaillent sérieusement la race se comptent facilement, et pourquoi la traçabilité des lignées y prend une importance particulière. Nous détaillons les effectifs et le club dans notre panorama des races russes.